lundi 13 décembre 2010

Commémoration tournante de la fête de l’indépendance au Bénin

Dans l’univers des éléphants blancs de Lokossa
 

Depuis 2007, le gouvernement de Boni Yayi a pris la décision, saluée par tous, de faire abriter, de manière tournante, les manifestations entrant dans le cadre de la commémoration de la fête de l’indépendance par les grandes villes du pays. Ainsi, de 2007 à 2010, les villes d’Abomey, de Parakou, de Lokossa et de Porto-Novo ont accueilli successivement lesdites manifestations avec d’importants effets induits en terme de construction d’infrastructures urbaines. Pour ce qui concerne la ville de Lokossa, d’importants investissements, non achevés, ont été abandonnés…
Des logements presqu’achevés envahis par la brousse, des reptiles… sont ce qui reste des chantiers de construction de logements initiés dans la ville de Lokossa à l’occasion de la commémoration du 1er août 2009. Ainsi, les habitants de la ville de Lokossa retiennent un arrière goût un peut amère à la suite de la commémoration chez eux de l’édition 2009 de la fête de l’indépendance. Peut-être qu’il s’agit là d’un sentiment partagé par tous les habitants des villes qui ont successivement accueilli depuis 2007 les cérémonies officielles nationales du 1er août. En attendant, d’en avoir une réponse précise, les rumeurs révèlent que généralement les chantiers engagés dans le cadre de cette commémoration tournante sont abandonnés une fois le 1er août passé. La situation à Lokossa, très préoccupante, confirme lesdites rumeurs.
Des logements inachevés abandonnés dans la brousse
Plusieurs sont les chantiers ouverts à Lokossa dans le cadre des festivités du 1er août 2009. Au nombre de ceux-ci, il y en a plusieurs, notamment les routes et les différentes réfections qui étaient indispensables à la tenue des manifestations qui ont été bien achevés. A côté de ceux-ci, il y avait l’ambitieux projet de construction de logements à différents standings. L’objectif était d’utiliser lesdits bâtiments pour loger certains hôtes de marque invités à prendre part aux festivités, puis après la fête, les mettre à la disposition du public sur la base de contrat de location vente. Comme ailleurs, à Lokossa, les chantiers de construction de logements ne sont pas arrivés à terme avant les manifestations festives. Ainsi, l’Administration ayant en charge ledit projet avait la responsabilité de le conduire jusqu’à son achèvement. Mais un an après, le constat est à la limite de l’inacceptable. C’est le sentiment qui anime les populations de Lokossa précédemment plongé dans la croyance selon laquelle ce projet était l’une des retombées visibles et bénéfiques pour leur localité. Tel que le montrent les photographies d’illustration du présent papier, le chantier presqu’achevé a été abandonné. Ainsi, l’ensemble des logements sont dans la brousse et servent d’abris aux reptiles et autres petits ruminants. Le grand nombre des bâtiments est déjà couvert et les revêtements au sol achevés. Pourtant ils sont abandonnés et les portes et fenêtres sont restées paradoxalement ouvertes. Ainsi, en plaine saison de pluie, l’intérieur de ces bâtiments est inondé laissant évoluer certaines plantes. Certaines portes et fenêtres sont dépourvues de leurs serrures précédemment installées. Les douilles et réglettes sont sans ampoules alors que celle-ci étaient déjà bien installées, selon les témoignages recueillis sur place. Certaines toitures, en tuile, présentent des trous béants. Bref, la désolation est effective sur ce vaste domaine qui a pourtant bénéficié de plusieurs milliards de francs Cfa du contribuable béninois. D’importants investissements abandonnés à la brousse et aux intempéries. Toute chose qui laisse croire que le projet n’avait pas au départ de responsable au niveau de l’Administration publique.
A R T.



jeudi 9 décembre 2010

Côte d'Ivoire

L'Onu et l'Afrique du Sud font la pression sur Laurent Gbagbo

Le Conseil de sécurité de l'ONU discutant de la situation en Côte d'Ivoire, à New York, le 7 décembre 2010.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a finalement annoncé mercredi soir, 8 décembre 2010, dans une déclaration son soutien à Alassane Ouattara comme président élu de Côte d'Ivoire. Dans un avertissement clair au président sortant Laurent Gbagbo, «les membres du Conseil de sécurité condamnent dans les termes les plus forts possibles tout effort de renverser la volonté du peuple». Enfin, prenant position pour la première fois, l'Afrique du Sud a demandé à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir.

Cinq jours, c’est le temps qu’il aura fallu au Conseil de sécurité pour reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara pourtant certifiée vendredi 3 décembre 2010 par le représentant spécial de l’Onu en Côte d’Ivoire et saluée par le secrétaire général Ban Ki-moon lui-même. C’est à la Russie que l’on doit cette longue attente. Les Russes estimaient qu’il n’était pas du ressort du Conseil de certifier l’élection d’Alassane Ouattara, allant jusqu’à parler d’ingérence dans les affaires intérieures ivoiriennes.
Cinq jours de tergiversations plus tard, l’avertissement des 15 pays-membres a gagné en fermeté. Le président sortant Laurent Gbagbo est prévenu… le Conseil dit « condamner dans les termes les plus forts possibles tout effort de renverser la volonté du peuple ». Pas question en revanche de certifier l’élection d’Alassane Ouattara de façon explicite. Pour satisfaire la Russie, les 15 ont fini par reprendre à leur compte la reconnaissance de sa victoire par la Cédéao et demandent à toutes les parties de respecter le résultat de l’élection.
Quant aux individus qui tenteraient de menacer le processus de paix ou de faire obstruction au travail de la mission onusienne sur place, le Conseil de sécurité rappelle qu’il est prêt à imposer des mesures ciblées.
L'Afrique du Sud est aussi sortie de son silence
Il aura fallu que la Cédéao frappe du poing sur la table pour que l’Afrique du Sud finisse par se réveiller. Au lendemain de la demande de départ de Laurent Gbagbo par l’organisation régionale ouest-africaine, Pretoria a demandé à ce dernier de se plier à cette requête.
Dans un communiqué rendu public mercredi soir 8 décembre 2010, le ministère des Affaires étrangères sud-africain appelle également « les leaders ivoiriens à promouvoir la réconciliation nationale et l’unité qui sont les grandes priorités en ce moment en Côte d’Ivoire».
La prudence de l’administration Zuma peut partiellement s’expliquer par les liens entre le gouvernement de l’ANC et Laurent Gbagbo. Une lenteur qui a été vivement critiquée par l’opposition sud-africaine. Mais alors que l’Onu, l ‘Union africaine, la Cédéao et un nombre croissant de pays s’unissent pour demander une issue pacifique à la crise, la super puissance du continent ne pouvait plus se permettre de rester silencieuse.

mardi 7 décembre 2010

Situation politique tendue au Bénin

Et si la Cour constitutionnelle béninoise renouait avec la sagesse…


Me Robert DOSSOU, Président de la Cour constitutionnelle du Bénin

Les Béninois ont pris l’habitude de qualifier les membres de la Cour constitutionnelle de sages. L’expression « les sept sages de la Cour » est admise pour désigner l’institution qu’est la Cour constitutionnelle. Cependant, depuis quelques mois, nombreux sont ceux qui hésitent à prononcer le mot sage lorsqu’il s’agit de parler de la Cour constitutionnelle.
Au terme de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990, en son article 114, « La Cour constitutionnelle est la plus haute juridiction de l’Etat en matière constitutionnelle. Elle est juge de la constitutionnalité de la loi et elle garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques. Elle est l’organe régulateur du fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics. » et celui 124 « Une disposition déclarée inconstitutionnelle ne peut être promulguée ni mise en application. Les décisions de la Cour constitutionnelle ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoir publics et à toutes les autorités civiles, militaires et juridictionnelles ». Ainsi, avec une si grande responsabilité publique consacrée par la Constitution, les Béninois n’ont pas hésité à admettre que cette institution est un véritable pouvoir absolu qui, dans une démocratie, ne peut être incarné que par des sages. Et ils ne se sont pas trompés. Car, en quelques mois de mandature, la première équipe qui a eu la responsabilité d’assumer ce pouvoir, qualifié parfois d’exorbitant, s’est illustrée comme étant constituée de véritables sages. En cinq ans, tout ne s’est pas passé comme sur des roulettes, mais les Béninois s’accordent à reconnaître que la sagesse était de cette équipe. Les équipes qui vont suivre n’ont pas pu éviter de connaître des « bas remarquables », mais le cap est maintenu malgré tout.
Une Cour qui fait peur
La dernière équipe composant la Cour constitutionnelle a la particularité d’être une parfaite émanation du régime au pouvoir. En son sein, on retrouve les personnalités désignées par le président de la République et celles qui ont été choisies par le bureau, acquis au même régime, de l’Assemblée nationale. Toute chose qui fait douter nombre de Béninois quant à la capacité de cette Cour à être impartiale. Depuis, celle-ci n’a perdu aucune occasion pour rendre des décisions sujettes à caution. Elle n’a même jamais hésité à multiplier les revirements jurisprudentiels difficilement compréhensibles pour des Béninois habitués à une autre manière de faire de ses précédents sages.
Sans risque de se tromper, on peut affirmer que la crise politique actuelle est en partie due à certaines décisions prises par cette Cour. Il apparaît de plus en plus une volonté de cette Cour à jouer le rôle de législateur en lieu et place du Parlement. En effet, comment comprendre que la Cour constitutionnelle dénie aux députés le droit de légiférer pour réviser à la hausse la caution payable par les candidats aux élections législatives et présidentielle, caution qu’elle a elle-même fixée par le passé ? Comment admettre, dans la situation actuelle de la législation béninoise, que la Cour constitutionnelle jette du doute sur la faculté du Parlement de fixer le nombre de députés devant siéger dans la prochaine Assemblée nationale ? Et les exemples sont nombreux pour mettre en évidence le fait que le blocage que connait actuellement l’adoption des lois électorales vient de la volonté de la Cour constitutionnelle à légiférer à la place des députés. Et lorsqu’on sait que les décisions de la Cour sont susceptibles d’aucun recours, il est à craindre que les députés n’acceptent pas de procéder aux mises en conformités qui n’obéiraient pas au principe de la séparation des pouvoirs. Situation qui bloquerait dangereusement le processus électoral devant conduire à au renouvèlement du Parlement et l’élection du président de la République en mars prochain.
Nécessaire retour à la sagesse
La Cour constitutionnelle a une grande responsabilité face à l’histoire aujourd’hui. Il y a quelques jours, c’est le Conseil constitutionnel ivoirien qui a raté une occasion historique pour se faire une personnalité indiscutable dans le paysage politique de la Côte d’ivoire. Ceci est déjà du passé. Tous les hommes ne sont pas suffisamment grands d’esprit pour s’affirmer lorsque leur nation a besoin d’eux. Mais nous avons la conviction qu’au Bénin, cette valeur humaine est encore bien partagée par nombre de citoyens appelés à faire valoir leur savoir-faire au service de la nation. Nous comptons, malgré tous les préjugés, sur les sept membres de la Cour constitutionnelle du Bénin. Nous avons la ferme conviction qu’ils veulent bien mériter le qualificatif de sage qu’ils ne veulent pas porter de fait ou à tort.
ART

lundi 6 décembre 2010

Côte d'Ivoire

Semblant de retour au calme sur fond de négociations

Abidjan, le 06 décembre 2010. 
 
Le blocage politique est toujours total en Côte d'Ivoire. D'un côté, Alassane Ouattara a nommé Guillaume Soro chef du gouvernement, lequel a formé une nouvelle équipe. De l'autre, Laurent Gbagbo a désigné Gilbert-Marie Ngo-AKé, là aussi comme Premier ministre, lequel devrait former son cabinet dans les heures qui viennent. La journée de dimanche a été riche en rebondissements avec l'arrivée du médiateur de l'Union africaine, Thabo Mbeki. L'ancien président sud-africain, pour qui la « situation est très grave », a poursuivi ses contacts, ce lundi matin, tandis qu'à Abidjan la vie reprend progressivement son cours.
En apparence, c’est un lundi presque comme un autre à Abidjan. Les habitants qui, depuis plusieurs jours, restaient cloîtrés chez eux commencent à ressortir et à retourner travailler. Des embouteillages réapparaissent dans la capitale économique ivoirienne. L’aéroport Felix Houphouet Boigny a rouvert ses portes avec la levée de la fermeture des frontières. Le couvre feu a été prorogé d’une semaine mais assoupli. Il est désormais en vigueur de 22h00 à 5h00.
Parler d’un retour à la normale serait donc bien abusif. Les manifestations n'ont pas cessé. Par exemple à Treichville, dans le centre, ce lundi matin des jeunes pro-Ouattara ont à nouveau dressé des barrages, enflammé des pneus, quelques coups de feu sporadiques des forces de l’ordre se faisaient entendre, en milieu de journée, dans cette commune populaire et plusieurs habitants nous signalent des arrestations musclées.
Notre dossier spécial
Présidentielle en Côte d'Ivoire
Présidentielle en Côte d'Ivoire
D’après des sources sécuritaires, la nuit a été agitée dans la banlieue de Bingerville. On parle d’un mort dans les rangs des manifestants du RHDP (coalition soutenant Alassane Ouattara) tué par les Forces de défense et de sécurité (FDS).
A Abobo, grand quartier populaire d'Abidjan, beaucoup gens ont peur et restent terrés chez eux.
Les incidents les plus graves du week-end ont, en fait, été recensés hors d’Abidjan. Par exemple à Dabou, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de la capitale économique ivoirienne, il y a eu cette fin de semaine des affrontements entre partisans des deux camps qui, selon nos informations, ont fait au moins 4 morts.
Sarkozy réaffirme son soutien à Ouattara
Depuis que Laurent Gbagbo a prêté serment, les réactions sont nombreuses. La communauté internationale dans son ensemble - notamment les Nations unies, l'Union européenne et l'Union africaine - estiment que le vainqueur est bel et bien Alassane Ouattara. L'UE menace désormais la Côte d'Ivoire de  « sanctions »,  faute de résolution de la crise. De son côté, le chef de l'Etat français, Nicolas Sarkozy, en déplacement officiel en Inde, a redit qu'il n'y avait pour lui qu'un seul président légitime: Alassane Ouattara. 

vendredi 3 décembre 2010

Crispation au sein de la classe politique béninoise

La dangereuse incertitude qui pointe à l’horizon au Bénin


         Depuis quelques mois, les Béninois attendent et en vain, une certaine clarification en ce qui concerne l’arsenal législatif devant conduire la classe politique béninoise aux prochaines élections présidentielle et législatives. Même les dernières mises en conformité de lois électorales au Parlement, suite aux décisions de la Cour constitutionnelle, ne dissipent guère les inquiétudes légitimes des citoyens béninois. Le niveau atteint pas la crispation qui marque l’environnement politique au Bénin est si élevé que le commun des Béninois imaginent la possibilité d’une confusion politique en 2011. Le débat sur l’issue probable de la Liste électorale permanente, informatisée (Lepi) et l’option la mieux judicieuse à envisager en cas de non achèvement du processus en cours reste ouvert et loin d’être tranché. Or, chacun des acteurs de la classe politique a conscience que le temps n’est pas arrêté et que le 6 avril il faut forcément installer un nouveau président élu si nous ne remettions pas en cause les dispositions de la Constitution du 11 décembre 1990. C’est là autant de considérations qui nous permettent d’affirmer que la classe politique béninoise projette le pays dans une dangereuse incertitude.


         La République du Bénin, à travers sa classe politique, a pris l’option, faite d’incertitude, de ne pas adopter définitivement un Code électoral. Ainsi, à l’approche de chaque échéance électorale, les députés à l’Assemblée nationale sont obligés de légiférer spécifiquement afin de définir les nouvelles règles devant régir les acteurs en compétition. Il faut souligner qu’il ne s’agit pas d’une option formelle. Mais depuis l’avènement du renouveau démocratique, la pratique s’est imposée et laisse croire que cet état de fait est une norme constitutionnelle. Or, après 20 ans d’expérience démocratique, le moment est venu d’adopter un Code électoral qui ne subisse plus de modification suivant les humeurs des acteurs de la classe politique en position de force à la veille d’une échéance électorale.

La Lepi comme un objet de blocage

         La réalisation de la liste électorale permanente, informatisée (Lepi) devrait être une solution aux nombreux dysfonctionnements qui entachent les processus électoraux au Bénin. Mais force est de constater aujourd’hui que la confection de cet outil est considérée comme étant l’objet essentiel des contradictions majeures qui jettent du doute sur les élections à venir. Or, aucune enceinte politique ne nie la nécessité de l’établissement au Bénin d’une Lepi consensuelle et fiable. Il y a quelques années, tous les acteurs de la classe politique nationale appelaient de tous leurs vœux la réalisation de la Lepi. Il y en avait même qui faisaient de la réalisation de cet outil une condition essentielle en négociation politique. On attribue même à cet outil des avantages qui lui sont étrangers en le qualifiant d’outil de développement par excellence. Mais voilà que sa réalisation suscite toutes les contradictions possibles. Situation qui amène à douter de la bonne foi de ceux qui l’exigeaient par le passé.
En fait, la réalisation de la Lepi aurait été une fête de la démocratie si le Bénin n’avait pas  connu la crise politique qui mine depuis plusieurs années maintenant et jusqu’à aujourd’hui les relations entre les acteurs de premier ordre de la classe politique. En effet, Tout est parti de la réserve émise par les tenants de l’Union fait la Nation à la veille du lancement du processus. Et face à eux il avait eu la majorité au pouvoir qui a estimé que toute réserve est mal venue si l’on veut effectivement de l’aboutissement du processus de la Lepi. Et fort de cette position, le pouvoir à soutenu le lancement du processus en s’y impliquant d’amblée en montrant du doigt l’opposition comme un contre poids au bon déroulement du processus. Inutile pour nous de situer ici les responsabilités. Mais à l’épreuve des faits, la responsabilité de toute la classe politique est engagée dans ce qui arrive aujourd’hui. Car, Il est inconcevable qu’un pays comme le Bénin réalise un si important outil sans un minimum de consensus. La particularité même du processus fait qu’il est inconcevable de réaliser un tel projet en ne s’appuyant rien que sur la volonté d’une frange de la classe politique fut-elle majoritaire ou non. Puisque, la réussite dudit processus dépend de l’adhésion de tous les Béninois. Inutile se souligner que personne n’a le monopole de la bonne foi a priori lorsque nous-nous situons dans le contexte béninois.
Aujourd’hui, le processus est très avancé mais n’offre aucune garantie d’un aboutissement à bonne date. Un état de fait qui ne s’explique rien que par la divergence majeure qui mine les relations entre les acteurs de premier plan de la classe politique nationale. C’est le lieu d’indiquer que même le début de dialogue qui a été initié par le chef de l’Etat en plein processus a eu le temps de s’essouffler et finalement a créé plus d’incompréhension qu’il y en avait. Ainsi, la réalisation problématique de la Lepi constitue une source de blocage du processus électoral à venir qui est pourtant un rendez-vous constitutionnel incompressible. A cette étape, personne, ni même le superviseur générale de la Cps/Lepi, ne peut prendre officiellement la parole pour trancher le débat en indiquant clairement si oui ou non on peut aller aux élections en 2011 avec une Lepi. Or, chacun a sa position bien claire et précise sur la question sans avoir le courage de libérer le peuple qui veut bien savoir à quoi s’en tenir.

Une révision législative sur fond de confusion

         L’incertitude actuelle à la veille d’échéances politiques capitales n’aurait pas constitué un objet d’inquiétude majeure si elle ne relevait que du débat autour de la réalisation de la Lepi. Mais force est de constater qu’en plus de la Lepi qui est une source d’incertitude, il y a la révision des lois électorales qui s’entoure d’une certaine opacité que même les juristes de haut niveau n’arrivent point à démêler. En effet, le rejet par la Cour constitutionnelle de certaines innovations majeures dans les lois électorales votées par le Parlement béninois suscite de grands débats à issues incertaines.
Les députés, sur la base des habitudes à ne pas encourager consistant à réviser les lois électorales à la veille des élections, ont procédé à un toilettage des lois en introduisant des innovations majeures. Notamment dans les lois n° 2010-33 portant règles générales pour les élections en  République du Bénin et n° 2010-35 portant règles particulières pour l’élection des membres de l’Assemblée nationale. La Cour constitutionnelle, à l’occasion du contrôle de constitutionnalité desdites lois, a monté la barre très haute en légiférant presqu’à la place du législateur. Il s’agit de sa décision DCC 10-116 du 08 septembre 2010 et celle DCC-117 du 08 septembre 2010 relatives respectivement aux lois sus-indiquées. Décisions qui se fondent sur des moyens susceptibles de réserves objectives. Selon la Constitution béninoise, les lois électorales ne sont pas des lois spéciales et sont susceptibles de modification dans le cadre d’un processus législatif normal. Mais la Cour, de manière exceptionnelle et inattendue, a conféré la qualification d’autorité de la chose jugée à la vérification de la conformité desdites lois à la Constitution avant leur promulgation. A notre sens, une telle démarche revient à enlever à l’Assemblée nationale le pouvoir de modifier une loi promulguée ou de voter une nouvelle loi sur les mêmes matières. Aussi, le fait de ne pas reconnaître au Parlement sa prérogative de fixer, sur la base de motivation claire, le nombre de députés constitue un revirement jurisprudentiel dont le Bénin peut se passer selon des juristes avertis. Dans ces conditions, nous estimons qu’il n’est dans l’intérêt de personne qu’une révision législative ordinaire et habituelle conduise à un blocage qui ne fait qu’en rajouter aux incertitudes déjà trop lourdes qui pèsent sur le processus électoral qui s’annonce.

Une responsabilité partagée

         Avec l’embarrassant retard que connaît le lancement du processus devant conduire aux prochaines élections présidentielle et législatives, il n’est pas alarmant de commencer par craindre le pire. Une confusion politique tirant sa source dans un processus électoral mal manager pointe à l’horizon au Bénin. Loin de nous le rôle d’oiseau de mauvais augure. Nous n’avons pas appris à nous faire peur. Seulement, nous sommes réalistes et savons appeler chaque chose par son nom. Qui sème le vent, récolte la tempête disaient les anciens. On ne met pas du carburant sur une flamme pour s’étonner qu’elle prenne de l’ampleur. Aujourd’hui au Bénin, toutes les étapes jamais franchies sur le chemin de l’intolérance politique sont atteintes. Pour faire court, les différents camps en présence ne sont plus à l’étape de la possibilité de la moindre concession. Campé sur sa position, chacun est prêt à montrer à l’autre combien ses biceps sont développés. Ou du moins, chacun attend le moment propice pour asséner le coup fatal à son adversaire. Même dans un pays dont l’une des traditions culturelles fait une place de choix au dialogue à travers « l’arbre à palabre », tout se passe comme si toute possibilité de concertation est rompue et les différents camps s’observent en chiens de faïence. Chacun des acteurs s’emploie à soutenir que sa démarche va dans le sens de l’intérêt de la nation, du peuple. Pourtant, c’est ce peuple qui est malmené et s’érige en première victime face à ce qui se passe, face à l’incertitude dans lequel on propulse le pays sans ménagement.
Au regard de ce qui se passe, aucune des forces en présence, forces qui entretiennent la confusion actuelle, n’est préoccupée par les intérêts de la nation à proprement parlé. Seuls les intérêts égoïstes, sectaires guident leurs actions dont l’objectif principal est la sauvegarde ou l’amélioration des acquis de leur propre chapelle. Il est inconcevable que des personnes qui se veulent défenseurs de causes nobles résument l’action publique à une telle incongruité. Mais bon, la politique a ses règles qui échappent au bon sens et à la noblesse stricto sensu. En tout cas, le peuple silencieux est attentif à tout ce qui se passe.
Quant à ceux qui ont pris la responsabilité de participer à l’action publique tout en restant en dehors du jeu politique à proprement parlé, leur responsabilité est tout aussi grande dans ce qui pointe à l’horizon. Lorsqu’ils optent pour le silence à l’image du peuple meurtri ils jouent leur crédibilité. La société civile silencieuse sera responsable devant l’histoire dans cette marche dommageable vers l’incertitude. Sa responsabilité sera encore plus grande que celle des acteurs politiques de qui le peuple ne saurait attendre des actes de vertu. La société civile n’a pas le doit à l’excuse, c’est pourquoi nous prenons sur nous la responsabilité d’écrire ces lignes.


         Au demeurant, la situation politique actuelle au Bénin est plus que préoccupante. Il ne s’agit pas d’ébranler le peuple, mais l’inviter à la vigilance. L’incertitude politique est plus que jamais aux portes du Bénin qui avait pourtant fait du chemin à pas assurés dans sa marche vers la consolidation de sa démocratie. Mais hélas, trois fois hélas ! L’heure de l’affirmation est arrivée et ses acteurs publics ont la lourde responsabilité de lui faire passer l’étape de la majorité. Le sacrifice sera lourd, très lourd même. Rendez-vous au 6 avril pour faire le bilan si tout allait bien. Autrement, nous sacrifieront l’ensemble de l’héritage d’illustres personnages tels Mgr Isidore de Souza, dont nous saluons la mémoire au passage et Mathieu Kérékou qui a certainement encore un rôle...

Par Amévo A. C. de Campos
Architecte décorateur - Expert agréé -
Consultant international

Côte d'Ivoire - Présidentielle

Le Conseil constitutionnel proclame la victoire de Laurent Gbagbo à la présidentielle ivoirienne
Paul Yao N'Dré, président du Conseil Constitutionnel 
Président du Conseil constitutionnel, Paul Yao N’Dré

Le président sortant Laurent Gbagbo a été proclamé vainqueur du second tour de la présidentielle ivoirienne, ce vendredi 3 décembre 2010, par le président du Conseil constitutionnel. L'institution invalide les résultats provisoires de la CEI qui donnaient Alassane Ouattara vainqueur. Le Conseil constitutionnel crédite Laurent Gbagbo de 51% des voix.
 
Présidentielle en Côte d'Ivoire
Présidentielle en Côte d'Ivoire
 

C’est d’une voix grave et ferme que le président du Conseil constitutionnel Paul Yao N’Dré, depuis une salle du Conseil à Abidjan, a proclamé les résultats définitifs de l’élection présidentielle ivoirienne.

Des résultats qu’il a livrés région par région, après avoir annoncé les invalidations de vote dans plusieurs départements du nord du pays (Bouaké, Khorogo, Ferkessedougou, Katiola, Boundiali, Dabakala et Seguéla) pour diverses « irrégularités flagrantes, a-t-il dit, de nature à entacher la sincérité du scrutin ».

Le total des résultats retenus donne 51,45 % des suffrages exprimés à Laurent Gbagbo, contre 48,55 % pour Alassane Ouattara. Le taux de participation livré par le Conseil constitutionnel est de 71,28 %, soit 3 993 209 suffrages exprimés.
Laurent Gbagbo a obtenu, après les annulations annoncées par le Conseil constitutionnel, 2 054 537 voix, et Alassane Ouattara 1 938 672 voix. 
Sur foi de quoi, « Monsieur Gbagbo Laurent est proclamé Président de la République de Côte d’Ivoire », a déclaré solennellement le président du Conseil constitutionnel. La veille, le Président de la CEI Youssouf Bakayoko avait, à l’inverse, proclamé les résultats provisoires donnant la victoire d’Alassane Ouattara avec 54,1 % des voix.
Source RFI


mercredi 1 décembre 2010

Vente d’objets usagés en plein cœur de Copenhague

Marché aux puces, vers une filière commerciale
Au centre ville de Copenhague au Danemark, se tiennent plusieurs marchés aux puces. Si ces marchés n’ont rien de différent à ce qu’on peut voir ailleurs dans le monde, il est à noter que ces marchés, comme ailleurs, alimentent un circuit commercial à l’origine d’une véritable filière transnationale.
Dans une ville européenne comme Copenhague, où les grands magasins rivalisent avec les grandes surfaces, on aurait pu croire qu’il n’y avait pas de place pour un marché aux puces. Mais plus qu’ailleurs, c’est le cœur de la capitale du Danemark qui abrite et à plusieurs endroits, ces marchés dits des pauvres qui reçoit également de nombreux riches.
La tranquillité des morts perturbée
Tout au long du cimetière entièrement peint de jaune qui domine le centre ville de Copenhague, tous les samedi, nombreux sont marchands d’une matinée qui s’installent pour rompre avec la rigueur habituelle qui caractérise cette ville de la Scandinavie. Juste une matinée. Car, cette exception à la norme, tolérée par les forces de sécurité, ne doit pas s’éterniser tout au long de la journée. A 14 heures, même si les tables d’exposition débordent encore de produits et que des clients étaient toujours là pour se servir, le marché doit s’arrêter. Autrement, la tolérance de la police a une limite et la suite peut être désagréable.
Comme ailleurs le samedi ou dimanche, ils sont plusieurs « vendeurs », généralement des arabes d’Afrique du Nord ou d’Asie, installés contre le mur de clôture du cimetière les samedi pour faire des affaires. Installés sur des tables de fortune, de nombreux articles de toutes sortes y trouvent leurs places. C’est le lieu où s’équipent nombre de copenhagois qui ne disposent pas forcément de moyens. Des vêtements jusqu’aux électroménagers, passant par des objets de décoration, des outils de toutes spécialités, des appareils électroniques et même des micro-ordinateurs ainsi que des objets de valeur et de grand luxe, tout y est pour répondre à la demande d’une clientèle pas toujours exigent mais très avisée.
Une clientèle variée
Au nombre des clients, on y rencontre, a priori, des ressortissants de toutes régions du monde à commencer par les autochtones danois. Dans une grande majorité, les ressortissants d’Afrique trouvent leur compte sur ce type de marché. Lorsqu’on observe de près, il est facile de remarquer que sur ce marché se côtoient des personnes de niveaux de vie peu comparables. Même s’il n’est pas possible de vérifier le portefeuille des personnes qui viennent se ravitailler sur ce marché, il est évident que les signes extérieurs visibles permettent de se faire une idée de la bourse et de la variété de la clientèle. Comme aux enchères, les plus nantis arrachent quelques fois aux autres des produits qu’ils ont pourtant commencé par négocier les premiers. Il arrive que les vendeurs ne cèdent pas à la pression des plus nantis en acceptant de perdre quelques couronnes danoises au nom de l’équité. Pour effectuer des achats sur ce marché, il faut se réveiller très tôt pour opérer les premiers choix. Mais là, on risque de prendre les produits à un prix élevé. Sinon, plus tard, alors qu’on n’est plus sûr de la qualité des produits, les prix baissent. Dans tous les cas, les achats se font par marchandage. En fait, le client intéressé par un produit opère son choix et interpelle le vendeur pour en savoir le prix. Là, il s’agit d’une mise-à-prix. L’acheteur à son tour revoie le pris proposé à la baisse. Suivant la disponibilité et l’humeur du vendeur, le client peut s’en sortir avec un prix sans commune mesure avec celui de lancement qui varie même d’un acheteur à l’autre pour le même produit. Tout comme si le vendeur proposait son premier prix en tenant compte de la tête du client. Pour ce qui concerne la qualité, c’est l’acheteur qui prend tous les risques. Un appareil électronique peut être vendu sans le moindre test. Il faut noter tout de même que pour certains produits très chers, certains vendeurs acceptent que l’acheteur aille tester le produit chez lui avant la clôture du marché. Dans ce cas, très rarissime, lorsque le produit ne répond pas positivement au test, il est retourné au vendeur.
Au nombre des clients qui viennent se ravitailler sur ce type de marché, il y a ceux qu’on peut désigner par « consommateurs finaux » et ceux qui ne sont que des revendeurs.
Le marché africain aussi…
Sur les marchés aux puces, on rencontre souvent des clients d’un genre particulier, généralement ressortissants du continent africain. Il s’agit de personnes qui viennent se ravitailler sur le marché aux puces en vue de procéder à un regroupement dans des containers qu’ils envoient par la suite en Afrique. L’objectif est simple : alimenter des boutiques ouvertes à cet effet pour y vendre ces produits acquis à vil prix et qui, quasiment, ne valent que par le coût de leur transport en direction de l’Afrique. Aussi, il importe de souligner que ces hommes d’affaires de type particulier se ravitaillent eux aussi sur le marché des objets abandonnés et disposent par ailleurs de ravitailleurs intermédiaires qui leur livrent des marchandises ramassées à travers la ville.
Du coup, il apparaît toute une filière qui naît et qui connaît une certaine croissance. Des offreurs désintéressés qui profitent de la situation pour se débarrasser de leurs objets encombrants dans un pays où la gestion de l’espace est une contrainte majeure ; les ramasseurs d’objets jetés qui sont soit des vendeurs du marché aux puces, soit des revendeurs à ces derniers ou aux collecteurs expéditeurs en direction de l’Afrique ; les boutiques, lieu de vente desdits produits dans les capitales africaines. Tout une filière à l’image de celle des véhicules d’occasion qui se développe désormais à grand pas en Afrique où même les fiscs trouvent leur compte.
Le ravitaillement
Sur les lieux, on voit stationner des camionnettes remplies de divers produits appartenant aux vendeurs et/ou à leurs ravitailleurs. Le ravitaillement se fait par ailleurs à des endroits insoupçonnés où les vendeurs du marché aux puces ne dépensent quasiment rien si ce n’est la force physique. En effet, il y a dans la ville de Copenhague des endroits où des copenhagois jettent les objets usagers ou même neufs dont ils n’ont plus besoin. Il s’agit de lieux très convoités par certains immigrants qui s’équipent sur place sans dépenser le moindre copeck. Aussi, les abords des maisons des familles nanties sont des lieux de récupération de divers objets de valeur. C’est à ces endroits de collecte et de pré collecte que commence le ravitaillement de produits qui franchiront, pour la grande majorité, des territoires situés à des milliers de kilomètres de Copenhague. Territoires inconnus des Copenhagois, fournisseurs passifs d’un marché en devenir. Un marché assimilable à une poubelle qui ne dit pas son nom.
ART


Loisir
Le samedi soir d’un « noir » à Copenhague

Comme toutes les grandes villes du monde, celle de Copenhague offre une gamme variée d’opportunités de loisir. Les samedi soir, l’animation est à son comble. Des débits de boissons aux snack-bars en passant par les discothèques, toutes les attractions sont disponibles pour satisfaire le public avec des distractions des plus saines aux moins recommandables. Dans un environnement de liberté comme celui du Danemark, le noir, pour s’offrir des moments de loisir doit prendre en considération certaines restrictions.
Etre un noir et vouloir passer des moments de loisir à Copenhague nécessite un minimum de précaution. Si dans bien de circonstances la ville de Copenhague peut offrir à un noir tout l’espace dont il a besoin pour passer de merveilleux moments de gaieté seul ou en groupe, ce n’est pas le cas Partout. A certains endroits, où la couleur de la peau compte pour avoir accès aux salles de loisir il y a des restrictions non écrites mais très respectées.
Le samedi soir, à Copenhague, à 21 heures déjà, nombreux sont les noirs qui commencent par s’installer pour se faire une place afin de passer une soirée festive. La musique, l’alcool, le tabac, la femme, etc. sont au rendez-vous. Les jeunes gens, d’origine africaine, amoureux de toutes les formes d’abus, ne se privent pas de ces instants « magiques » qui leur permettent de rompre avec les incertitudes liées à leur avenir dans un pays lointain. Avec cent couronnes danoises, on peut se tailler une place telle un  privilégié, en tout cas, on s’en donne l’impression. Aux environs de 23 heures déjà, la fête est à son comble. La musique, ici, généralement du Pop, du Funk et le Rock N’Roll de préférence, bat son plein. Les jeunes gens ne se font pas prier pour offrir le spectacle du fait de leurs gestuels qui ne répondent pas forcément aux règles de la danse telles que pratiquées dans les écoles. Lorsqu’on n’est pas un habitué des coins dits chauds, on n’a rien à y chercher. Sinon, la brutalité dans les gestes, les disputes passagères, bref, la violence tout court, fait de ce lieu, au regard de celui qui n’en est pas un habitué, un endroit où règne l’insécurité. A certains moments, la présence des tessons de bouteilles, généralement aux entrées des discothèques, est révélatrice d’un état de fait. D’ailleurs, les passages à intervalle réguliers des véhicules de la police est symptomatique d’une réalité redoutable à la limite. Malgré cette liberté d’expression que les noirs se sont octroyés dans cet environnement de liberté à outrance, le racisme s’invite de temps en temps dans la nuit à Copenhague.
Le racisme dans le loisir
A Elmegarde, un coin chaud de Copenhague qui était toujours animé et quasiment toutes les nuits, une discothèque a la réputation de faire parler d’elle dans un genre singulier et comme d’autres situé dans les encablures de la gare centrale. En effet, dans certains coins chauds de la ville de Copenhague la présence de noirs est quasiment indésirable, comme si ces derniers ne savaient pas s’amuser à la suite d’une longue semaine de dur labeur. Lorsque ceux-ci s’approchent de l’entrée de ces coins qu’on peut qualifier de racistes, l’indifférence des gorilles baraqués qui s’interposent ne donne même pas la possibilité de négocier le passage. Et lorsqu’on insiste, le regard réprobateur qu’ils jettent est comme un conseil à la compréhension pour ne pas s’exposer à un châtiment corporel. Pourtant, il arrive que des personnes de peau noire se voient exceptionnellement le passage libre.
Sur tout autre plan, le fait d’avoir la peau noir est un facteur limitant pour se trouver une compagnie d’une nuit. De l’observation générale, lorsque, dans les encablures de la Gare centrale le noir solitaire décide de se permettre le luxe de s’accorder une compagnie de femmes danoise, il se heurte généralement à une indifférence qui lui fait regretter l’initiative. Pourtant, il y a quelques couples de jeunes gens de races noire et/ou blanche qui s’offrent en spectacle en se livrant, en pleine rue, à des parties de plaisir sans acte sexuel bien entendu.
Les « paires torrides » de la nuit
Par un samedi soir du mois d’octobre 2010, après 23 heures, les bus du transport en commun roulaient toujours et observaient les arrêts en laissant entrer et sortir de nombreux copenhagois tantôt très pressés et visiblement occupés, tantôt nonchalants à la devanture d’une discothèque, un bar ou un bistrot.
Devant une salle qui vomit d’importants décibels, un autobus s’arrête. Une paire de femmes saute à terre et coure pour rentrer dans la discothèque comme pour éviter d’être mouillé par la fine pluie intermittente qui dictait sa loi aux Copenhagois cette nuit là. A l’intérieur, un moment debout comme pour y retrouver des amis avec lesquels elles ont rendez-vous. Mais il n’en est rien. Après deux minutes de fouille aux yeux, les deux femmes s’installent et se font servir aussitôt deux bouteilles de boissons alcoolisées.
Deux jeunes gens les abordent. Après quelques secondes d’échanges sourire aux lèvres, les  deux gentlemen abandonnent la paire de femmes sans afficher un air de regret. Et pour cause, quelques minutes plus tard, leurs bouteilles en mains, les deux jeunes femmes se lèvent et s’accrochent l’une à l’autre comme pour se réchauffer à la naturelle. Peu à peu, les deux jeunes femmes se frottent l’une contre l’autre comme si elles dansaient sous les airs d’une musique douce. Mais il en n’est rien. Car, la musique éblouissante qu’émettait le DG était tout sauf douce. Le pop et le rock étaient les supports qui faisaient monter les décibels dans ce coin chaud de Copenhague.
Soudain, la musique prend davantage de l’ampleur et les deux jeunes femmes, tout en gesticulant à la manière d’un couple, se serrent davantage et les voici en train de s’embrasser tel un couple en chaleur. Elles viennent ainsi de révéler à ceux qui ne comprenaient pas l’attitude des jeunes hommes qui venaient de les abandonner sourire aux lèvres qu’il s’agissait d’un couple homosexuel de femmes. Plus loin, dans la même salle et un peut plus discret, c’est un couple d’hommes qui se délectait des moments de plaisir sans se soucier des regards indifférents des voisins. Ainsi, se poursuivra cette soirée dans les coins chauds de Copenhague où riment plaisir et racisme dans une ambiance de quasi-démesure. Comme quoi, dans une cité de liberté, le loisir est tout libre mais pas sans restriction hélas.
A R T